Bismi Allah Arrahmani Arrahim
Comme
mentionné précédemment, l’évidence du tassawwouf à partir du Coran est la
même que l’évidence pour tazkiyat al-nafs ou la purification du soi, qui a
été établie dans les paragraphes antérieurs comme la définition du
tassawwouf. Allah dit: «C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre un
Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le
Livre et le Sagesse, car ils étaient auparavant dans un égarement évident»
(62:2). Le terme utilisé ici est wa
youzakkihim (les purifie). Les différents sens des différentes racines du
mot tazkiya en arabe sont:
·zaka:«il
nettoya» ou «il fut propre»
·youzakki«netttoyer»
et «être purifier»
·tazkiya«purification»
·zakat«la
taxe Islamique pour le nécessiteux,» «charité» «pureté»
·azka«la
plus pure»
·zaki«pur,
innocent»
Allah
dit dans un autre verset: «Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement
façonnée et lui a alors inspiré son immortalité, de même que sa piété! A
réussi, certes, celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la
corrompt.» (91:7-10) Ce verset du Coran fait état de la nécessité de
purifier et de maintenir propre le nafs en vue de réussir dans cette vie et
dans l’au-delà: et ceci est précisément le but du tassawwouf. Les versets
suivants sont rélatés pour une telle auto-purification.
Des
versets se référant à la purification et à la purification du soi dans le
Coran ont été déjà mentionnés. Allah dit:
·«Notre
Seigneur! Envoie l’un des leurs comme messager parmi eux, pour leur réciter
Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier.» (2:129)
·«Ainsi,
Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos
versets, vous purifie…» (2:151)
·«Réussit,
certes, celui qui se purifie, et se rappele le nom de son Seigneur, puis prie.»
(87:14-15)
·«Et
quiconque se purifie, ne se purifie que pour lui-même, et vers Allah est la
Destination.» (35:18)
Dans
tous ces versets Allah Tout-Puissant fait état des mutassawif,
ou ceux qui sont préoccupés à se purifier. Ils se souviennent de leur
Seigneur en tout lieu et en tout moment en invocant Ses Noms et Attributs, et
ils sont attentifs dans leurs prières. Ceci est l’essence du tassawwouf, et
aussi l’essence de l’Islam. Nous rappelons encore au lecteur que ceci
n’est qu’un terme technique, qui peut être remplacé par tout autre
synonyme. Pour quiconque prétend suivre ou pratiquer l’Islam, alors ce combat
pour la purification du soi est obligatoire, comme il est clairement ordonné
dans ces versets. En vérité, il est sans importance de prétendre qu’il
puisse avoir une soumission totale à Allah sans se purifier soi-même et voici
pourquoi certains savants, parmi lesquels l’Imam Ghazali et l’Iman Souyouti,
ont considéré le tassawouf comme une obligation religieuse (wajib).
Que l’on réussisse ou non dans cette poursuite dépend d’Allah, mais
quoiqu’il en soit sa nécessité incombe à tous les Musulmans, hommes et
femmes.
Il
Promet De Guider Les Mouhsinin
Allah
ordonne: «O vous qui croyez! Craignez Allah,cherchez le moyen de vous
rapprocher de Lui et luttez pour Sa cause. Peut-être serez-vous de ceux qui réussissent!»
(5:35). Ce verset ordonne de se battre dans la voie d’Allah – et non dans
celle de l’égo et vers ses désirs – si l’on souhaite être victorieux.
Et il indique la nécessité de suivre les pas du Prophète comme un moyen pour
s’approcher d’Allah Tout-Puissant, et le prendre ainsi que ceux qui le
connaissent comme guides.
Allah
dit aussi: «O vous qui croyez! Craignez Allah et soyez avec les véridiques.»
(9:119). Le verset montre une évidence de la nécessité de tenir compagnie et
de s’associer avec les meilleurs serviteurs d’Allah. Les Sadiqin
sont ceux qui ont atteint les plus hauts niveaux de la foi selon le verset déjà
mentionné: “Il est parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères
dans leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux sont morts, et
d’autres attendent encore; et ils n’ont varié aucunement (dans leur
engagement). (33:23). Ceci signifie qu’en tout temps il y a des gens qui
tiennent solidement à leur engagement envers Allah. Ceux-là sont les amis d’Allah
mentionnés dans d’autres versets, parmi lesquels: «En vérité, les bien-aimés
d’Allah seront à l’abri de toute crainte, et ils ne sont point affligés»
(10:62). L’un de ces Amis d’Allah est al-Khidr. On ordonna au prophète
Moise de l’accompagner afin d’apprendre une partie de sa sagesse.
Allah
dit: «Quant à ceux qui luttent pour notre cause, Nous les guiderons certes sur
Nos sentiers. Allah est en vérité avec les bienfaisants» (29:62). La plupart
des savants de l’Islam pratiquèrent tazkiyat
al-nafs et essayèrent d’atteindre l’état d’ihsan
illustré par le haut calibre des saints auquel le verset ci-dessus fait
allusion. Ils sont les pieux exemples de ceux qui répendirent l’Islam en Asie
Centrale, en Inde, au Pakistan, en Turquie, en Bosnie, en Indonésie, en
Malaisie, en Chine, en Indochine, en Espagne, et en Afrique. Tous ces savants
pratiquèrent le tassawwouf et utilisèrent ses métodes pour propager l’Islam
dans ces pays, à travers leurs états de zouhd,
wara', taqwa
et tazkiya, ce qui les rendit comme
des aimants pour les masses des gens qui se virent attirés à l’Islam par
leur canal.
Allah
décrit éloquemment la rencontre de Sayiddina Moussa avec Sayiddina Khidr dans
les versets suivants: «Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous
avons donné une grâce de Notre part, et à qui Nous avons enseigné une
science émanant de Nous. Moïse lui dit: «Puis-je te suivre à la condition
que tu m’apprennes ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction?»
L’autre dit: Sûrement, tu ne pourras pas être patient avec moi.»
(18:65-67). De ces versets, nous voyons que quoiqueSayiddina Moussa fut un prophète
et de surcroit le seul prophète à parler directement à Allah (kalimoullah),
Sayiddina Khidr possédait une connaissance que Moise n’avait pas, et qu’il
cherchait à obtenir de lui. Khidr recevait son savoir directement de la Présence
d’Allah (`ilm ladounni) car il était
, comme nous l’avons dit, l’un des Amis d’Allah.
Allah
dit aussi: «Et suis le chemin de celui qui se tourne vers Moi» (31:15).
Youssouf `Ali commente convenablement ce verset en ces termes: «Ceci est le
chemin de ceux qui aiment Allah.» Ceci est en effet un état d’amour qui est
lié au coeur, non à l’esprit. A partir de l’ordre de tenir compagnie avec
les Véridiques, à partir des versets de la rencontre de Moise avec al-Khidr,
et à partir de l’ordre de suivre la voie des vrais Amoureux d’Allah, nous dérivons
trois des nombreuses preuves de l’obligation de suivre un guide ou «maître
d’éducation» (cheick al-tarbiya)
dans la terminologie technique du tassawwouf.
Dans
son livre intitulé Rawdat al-mouhibbin
wa nouzhat la-moushtaqin (Le
jardin des amoureux et la promenade des aspirants),
Ibn Qayyim al-Jawziyya assembla quelques dires des grands Soufis sur l’amour
et sa priorité dans l’adoration:
·Jounayd
dit, «j’entendis al-harith al-Mouhassabi dire, l’amour est quand tu
t’inclines complètement envers quelque chose, ensuite la préférence de
cette chose sur soi-même et sur ton esprit et tes possessions, ensuite la
conformité avec cette chose intérieurement et extérieurement, et la réalisation
de ta faiblesse dans ton amour pour Lui.»
·Abdoullah
ibn al-Moubarak dit: «Quiconque auquel est donné une portion d’amour et
auquel il n’est pas donné une équivalence de piété, a été lésé.»
·Yahya
bin al-Mouadh al-Razi dit: «Un amour du poids d’un atome estpréférable pour
moi que d’adorer plus de soixante-dix années sans amour.»
·Abou
Bakrah al-Qattani dit: «Il y avait une discussion au sujet de l’amour (de
Dieu)à la Mecque au cours du pèlerinage et les cheicks en parlèrent. Jounayd
était le moins âgé d’entre eux et ils dirent: Dit ce que tu possèdes O
Iraqi. Il baissa sa tête par déférence et ses yeux se remplirent de larmes
ensuite il dit: Un esclave se laissant lui-même, connecté avec le souvenir de
son Seigneur, debout avec l’accomplissement de ses obligations, Le regardant
avec son cœur, lequel cœur est consumé par la lumière de son Essence, sa
soif est satisfaite du verre de Son amour, et s’il parle c’est par Allah, et
s’il met en garde c’est d’Allah, et s’il se déplace c’est sur
l’ordre d’Allah, et s’il est silencieux c’est qu’il est avec Lui, et
il est par Allah, il est pour Allah, il est avec Allah (fa
houwa billahi wa lillahi wa’allahi). Les cheicks s’esclamèrent et
dirent: Il n’y a rien au-dessus de ceci, qu’Allah te renforce, couronne des
Connaisseurs!»
Ces
mots de Jounayd sont liés à l’un des textes fondamentaux montrant l’évidence
du miracle ou karamat des saints, le hadith
qoudsi (dire inspiré) rapporté dans Boukhari par Abu Hourayra, le Messager
d’Allah dit: «Allah dit»:
Quiconque
nuit à celui qui s’est consacré à Moi, Je lui déclarerai la guerre. Mon
serviteur ne se rapproche de Moi par rien qui M’est agréable que
l’accomplissement des obligations que Je lui ai imposées. Mon serviteur ne
cessera de se rapprocher de Moi par des pratiques surérogatoires jusqu’à ce
que Je l’aime, et quand Je l’aime, Je deviens l’oreille par laquelle il
entend, les yeux par lesquels il voit, la main par laquelle il empoigne, son
pied par lequel il marche. S’il Me sollicite quelque chose, certes, Je la lui
accorderai, et s’il sollicite Ma protection, certes, Je la lui accorderai …
·L’amour
d’Allah fut mentionné par Dhoul-Noun et il dit: «Assez, ne discutez pas de
cette question car le nafs l’entendra et il le réclamera.» Et il continua:
«En
ce qui concerne le rebel, la peur et le remord sont meilleurs! L’amour d’Allah
est pour celui qui a déjà peur et est purifié de toute vulgarité.»
·Dhoul-Noun
dit aussi: «Pour toute chose il y a une punition, et la punition pour le
Connaisseur d’Allah est lorsqu’il est détaché du souvenir d’Allah (dhikroullah).»
·Jounayd
fit allusion à cette différence de niveaux dans sa réponse lorsqu’il fut
questionné: «Par dessus tout, il y a des gens qui disent que définitivement
ils atteignent le niveau de la bonté en ne faisant aucune action.» Il dit: «Parlent-ils
de la suppression des actes (obligatoires et autres)? Non, quiconque commet
l’adultère et vole est mieux que celui qui tient un tel propos. Car sûrement
les connaisseurs d’Allah (al `arifina
billah) prennent les actions dictées par Allah et retournent à Lui avec
ces actions, et si j’avais à vivre mille années je ne diminuerais jamais de
faire de bonnes actions.»
·Jounayd
dit aussi: «Le connaisseur d’Allah n’est pas considéré comme connaisseur
jusqu’à ce qu’il ne devienne comme la terre; ça lui est égal qu’une
bonne ou une mauvaise personne le piétine; ou comme la pluie, elle tombe sans
discrimination sur ceux qu’elle aime ou ceux qu’elle n’aime pas.»
·Soummoun
dit: «Les amoureux d’Allah ont obtenu l’honneur des deux mondes, celui-ci
et celui de l’au-delà. Le Prophète dit: «L’être humain est avec celui
qu’il aime.» Ils sont avec Allah dans la dunya et dans l’au-delà.»
·Yahya
ibn Mou’adh dit aussi: «Il n’est pas véridique celui qui prétend qu’il
L’aime et trépasse Ses limites.»
·Et
il dit: «Le connaisseur d’Allah abandonne cette vie mondaine et il n’a pas
assez de deux choses: pleurer sur son propre soi, et son grand désir pour son
Seigneur.»
·Et
quelqu’un dit: «Le connaisseur d’Allah ne devient un connaisseur jusqu’à
ce que lui soit offert les trésors de Soulayman, cela ne l’intéressera pas,
même pas le temps d’un clignementde paupières.»
Après
les versets qui s’adressent à l’auto-purification, citons maintenant des
versets qui évoquent l’état d’ihsan ou l’excellence du caractère. Allah
dit:
·«La
Miséricorde d’Allah est proche des bienfaisants.» (7:56)
·«Certes,
Allah est avec ceux qui L’ont craint avec piété et ceux qui sont
bienfaisants.» (16:128)
·«Y
a-t-il d’autre récompense pour l’Excellence que l’excellence ?» (55:60)
·«Et
il récompense ceux qui font le bien par la meilleure récompense.» (53:31)
·«Certes,
Allah commande l’équité, la bienfaisance (ihsan)
et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible
et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez.» (16:90)
·«Non,
mais quiconquesoumet à Allah son être entier tout en faisant du bien ( dans
l’état d’ihsan), aura sa rétribution
auprès de son Seigneur. Pour eux nulle crainte, et ils ne serons point attristés.»
(2:112)
·«Et
quiconque soumet son être entier à Allah tout en étant bienfaisant (ihsan),
s’accroche réellement à l’anse la plus ferme. La fin de toute chose
appartient à Allah» (31:22)
·«Qui
est meilleur en religion que celui qui soumet son être entier à Allah tout en
oeuvrant bien dans la voie qu’Allah aime…» (4:125).
Les
versets au sujet de l’état d’ihsan
sont très nombreux , mais ce qui a été cité est suffisant. Le sens de ihsan,
comme le Prophète l’a défini, c’est prier avec humilité et soumission (khoudou'
et khouchou') comme si l’on voyait Allah et être conscient qu’Il nous
voit. Dans son livre «Livre de Définitions» (Kitab
al-ta’rifat), al-Jourjani (d. 816) dit:
al-ihsan:
nom verbal dénotant ce que l’on doit faire dans la voie du bien. Dans la
Chari`a cela signifie adorer Allah comme si tu Le vois, et si tu ne Le vois pas,
Il te voit. C’est le degré de la vraie adoration dans la servitude prédit
dans la vue de la divinité avec la lumière de la vision spirituelle (al-tahaqqouq
bi al-`ouboudiyya `ala moushahadat hadrat al-rouboubiyya bi nour al-basira).
Ceci est: la vue d’Allah comme Il est décrit par Ses attributs et à travers
Son réel atttribut, afin que l’on puisse Le voir avec certitude, non littéralement
(fa houwa yaqinan
wa la yarahou haqiqatan). C’est la raison pour laquelle le Prophète dit:
«Comme si tu Le voyais.» Car on Le voit derrière le voile de Ses attributs.
Le
mot ihsan et ses dérivés ont les sens suivants dans le dictionnaire:
hassouna:
“devenir, sembler, rendre excellent, beau”
ihsanan:“faire
excellemment”
ahsana:“il
fit une bonne action”
ihsan:“gentillesse”
housna:“récompense”
hassan:“excellent,
beau”
hissanoun:“beaux”
«Devenir
beau» dans le premier sens de ces définitions signifie se décorer avec de
bons attributs, embellir intérieurement et extérieurement. Utiliser comme
adjectif, il signifie gentillesse comme une caractéristique ou une attitude
interne aussi bien que tranquilité.
Il
apparait évident que l’état d’ihsan
cité dans le Saint Coran est un état très important, état que l’ange
Jibril dé- montra comme partie intrinsèquede la religion, et qu’il plaça au
même niveau que les états de l’Islam et de la foi. La religion consiste en
trois états , l’Islam, l’Iman et l’Ihsan, chacun avec sa définition.
Ceci est la raison pour laquelle il est mentionné en plusieurs lieux dans le
Saint Coran et la raison pour laquelle lorsque le Prophète fut questionné à
ce sujet par Jibril, il lui donna la même importance que l’Islam et l’Iman.
Ceci est le sens de la science entière du tassawwouf. A ceux qui s’y opposent nous disons: Vous pouvez changer ce terme si vous ne l’aimez pas, mais nous l’aimons ainsi parce que c’est un terme bien connu, bien utilisé. Les termes ne changent pas la nature ou la réalité fondamentale d’une chose. Comme l’adage le dit, «une rose quelque soit le nom qu’on lui donnera aura toujours une bonne odeur.»